Théologie de l’alliance ou dispensationalisme?

Les termes employés dans le titre de cet article ont peut-être de quoi effrayer le lecteur non averti. C’est pourquoi mon propos est tout d’abord de les clarifier et de montrer ensuite ce qui fait les forces ou les faiblesses de telle ou telle position. Je ne nie pas que le sujet soit ardu, c’est pourquoi je m’adresse de préférence à des chrétiens qui vivent dans l’un ou l’autre des deux systèmes, système dont ils connaissent en gros les grands traits. Je précise tout de suite que, vu l’étendue du sujet, je ne vais pas trop appronfondir la question; ce sera fait en détail dans d’autres articles.

Pour commencer, j’aimerais préciser quel mouvement ou église appartient à tel ou tel système:

  • si vous faites partie d’une assemblée chrétienne (dite parfois assemblée de frères), il est plus que probable que vous adhérez au système du dispensationalisme.
  • si vous êtes issu d’une église réformée, alors la théologie de l’alliance a certainement influencé votre pensée.
  • si vous êtes baptiste, libriste ou pentecôtiste, peut-être que vous souscrivez à l’une ou à l’autre de ces positions?
  • si vous êtes catholique, votre position sera assez proche de celle des réformés, mais avec des nuances importantes.

La théologie de l’alliance, c’est quoi en gros?

La théologie de l’alliance a fait son apparition chez Irénée et Augustin, mais on peut dire qu’elle sera surtout développée par le réformateur Jean Calvin, au 16ème siècle. Celui qui va en faire le premier un système très élaboré, c’est en fait le théologien hollandais Johannes Cocceius.

La théologie fédérale (on l’appelle aussi comme cela) affirme que Dieu établit ses relations avec les hommes dans le cadre d’alliances.

La première alliance que Dieu fait, c’est celle du Jardin d’Eden, juste après la création de l’homme et de la femme.

L’Eternel Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder. Et l’Eternel Dieu ordonna à l’homme: —Mange librement des fruits de tous les arbres du jardin, sauf du fruit de l’arbre du choix entre le bien et le mal. De celui-là, n’en mange pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.       Genèse 2: 15-17

La première alliance est une alliance fondée sur le principe d’obéissance, c’est pourquoi on l’appelle alliance des oeuvres. A partir du moment où l’homme désobéit, l’alliance est brisée. C’est d’ailleurs ce qui va se passer lorsque l’homme et la femme prendront du fruit de l’arbre défendu. Les conséquences de cette désobéissance sont désastreuses: l’homme perdra sa pureté originelle et en même temps sa capacité de libre-arbitre. Il n’est à partir de ce moment-là (qu’on appelle la Chute) plus capable de satisafaire les exigences de son Créateur.

Par conséquent, toutes les alliances que Dieu va faire avec ses descendants sont des alliances fondées sur la pure grâce de Dieu, où Dieu prend l’engagement de fournir à l’homme les moyens de satisfaire les exigences de cette alliance.

On distingue 5 alliances que Dieu va faire avec les hommes à partir de la Chute:

  1. une alliance avec Noé, après le Déluge.
  2. une alliance avec Abraham
  3. une alliance avec Moïse, dite l’alliance du Mont Sinaï
  4. une alliance avec David
  5. la Nouvelle Alliance, scellée par le sang de Jésus-Christ

Il est important de noter que chaque alliance a des signes extérieurs qui lui sont propres:

  • l’alliance avec Noé a l’arc-en-ciel.
  • l’alliance avec Abraham la circoncision.
  • l’alliance avec Moïse, les sacrifices sanglants.
  • l’alliance avec David, la royauté.
  • enfin, la Nouvelle Alliance le baptême et la Cène (les cathos disent Eucharistie).

L’aspect le plus controversé de la thélogie fédérale, c’est qu’elle voit dans toutes ces alliances une alliance unique en Jésus-Christ, différente dans la forme, mais pas sur le fond. Ainsi le Nouveau Testament n’est pas nouveau parce qu’il introduit quelque chose de fondamentalement neuf, mais parce qu’il éclaire ce qui était encore plus ou moins obscur dans l’Ancien.

Qu’affirme le dispensationalisme?

Le dispensationalisme est issu des milieux de frères anglais au 18ème siècle. Je sais que cela ne va pas faire plaisir à certains qui pensent que son origine est apostolique. Le problème, c’est qu’on ne trouve pratiquement pas de traces d’un tel système ni chez les Pères de l’Eglise, ni chez les réformateurs.

Les fondateurs du dispensationalisme sont des chrétiens qui veulent réagir contre les acquis du Siècle des Lumières. Les progrès de la science et de la philosophie sapent alors de plus en plus l’autorité de la Bible; on commence a douter de son caractère inspiré. Ainsi, des hommes comme John Nelson Darby affirment qu’il faut prendre la Bible au pied de la lettre. Darby plaide pour une herméneutique littéraliste: là où il est question d’Israël, il faut comprendre Israël au sens littéral, c’est-à-dire le peuple juif, et non l’ensemble du peuple de Dieu au sens figuré. Les prophéties de l’Ancien Testament doivent s’accomplir littéralement. Ainsi la création de l’Etat d’Israël en 1948 par exemple est perçue aujourd’hui comme un tel accomplissement.

Le dispensationalisme fait une distinction importante entre la destinée d’Israël et celle de l’Eglise, comprenant surtout des non-Juifs. L’Eglise n’est qu’une parenthèse de l’histoire sainte. Jésus-Christ reviendra la chercher secrètement et alors Dieu reprendra le fil de l’Histoire avec Israël. Il établira un règne terrestre de 1000 ans avant la consommation finale de l’Histoire.

Qui des deux a raison?

Le dispensationalisme montre un grand respect pour l’autorité de l’Ecriture Sainte, mais on ne peut pas dire qu’il lui fasse vraiment justice. A mon avis, c’est un système extrêmement compliqué qui ne s’embarasse souvent pas de contradictions. Il fait des distinctions fines entre Royaume de Dieu et Royaume des Cieux, Epouse de Christ (l’Eglise) et Epouse de l’Eternel (Israël). Dans la prophétie des 70 septaines du Livre de Daniel, au chapitre 9, il sépare sans raison logique la 70ème semaine des 69 autres et la place à la fin des temps, après le temps de l’Eglise. Le dispensationalisme, soucieux d’un littéralisme extrême, prend à la lettre les prophéties sur la restauration du Temple de Jérusalem et des sacrifices, ne saisissant pas toujours les implications d’une telle logique quant à la valeur de l’oeuvre du Christ sur la Croix. N’est-ce pas Lui le vrai Temple, celui qui a satisfait une fois pour toutes les exigences de la justice divine?

La théologie de l’alliance me semble plus respectueuse de la pensée biblique. Elle souligne l’unité du plan de Dieu. Elle ne sépare pas les peuples. En ce sens, elle va dans le sens de ce qu’affirme les auteurs du Nouveau Testament, par exemple Paul dans l’épitre aux Ephésiens:

Mais maintenant, par votre union avec le Christ, Jésus, vous qui, autrefois, étiez loin, vous êtes devenus proches grâce au sacrifice du Christ. Car nous lui devons notre paix. Il a, en effet, instauré l’unité entre les Juifs et les non-Juifs et abattu le mur qui les séparait: en livrant son corps à la mort, il a annulé les effets de ce qui faisait d’eux des ennemis, c’est-à-dire de la Loi de Moïse, dans ses commandements et ses règles. Il voulait ainsi créer une seule et nouvelle humanité à partir des Juifs et des non-Juifs qu’il a unis à lui-même, en établissant la paix. Il voulait aussi les réconcilier les uns et les autres avec Dieu et les unir en un seul corps, en supprimant, par sa mort sur la croix, ce qui faisait d’eux des ennemis. Ainsi il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin et la paix à ceux qui étaient proches. Car, grâce à lui, nous avons accès, les uns comme les autres, auprès du Père, par le même Esprit. Voilà pourquoi vous n’êtes plus des étrangers ou des résidents temporaires, vous êtes concitoyens des membres du peuple de Dieu, vous faites partie de la famille de Dieu. Dieu vous a intégrés à l’édifice qu’il construit sur le fondement que sont les apôtres, ses prophètes, et dont Jésus-Christ lui-même est la pierre principale. En lui toute la construction s’élève, bien coordonnée, afin d’être un temple saint dans le Seigneur, et, unis au Christ, vous avez été intégrés ensemble à cette construction pour former une demeure où Dieu habite par l’Esprit

15 réflexions sur “Théologie de l’alliance ou dispensationalisme?

  1. Merci pour cet exposé clair et concis. Je ne suis pas calviniste mais je suis entièrement d’accord avec la théologie de l’alliance. Le dispensationalisme présente beaucoup de dangers, à mon avis. Et j’ai l’impression que dans certains cercles (surtout pentecôtistes et charismatiques, ainsi que dans les églises baptistes indépendantes), c’est un cadre d’interprétation qui devient très populaire… sans doute en partie à cause des romans pseudo-chrétiens « Left Behind » de Tim LaHaye.

  2. reynaud

    j’ai beaucoupe souffert des esprits étroits souffert de la méchanceté qui caractérisent et particulièrement virulente dans ces mouvements intégristes la grâce ne passe pas je peux l’assurer pour l’avoir vécu je ne me sens bien que dans l’église catholique à présent 30 ans en prison cette façon de voir étouffe et fait penser plutôt à une secte qu’à un mouvement libérateur ce qui est contraire au message du christ

  3. Philippe ?qwu

    Je suis personnellement attaché au dispensationalisme et trouve une très grande cohérence dans une interprétation rigoureuse de la Parole selon cette approche. A ce sujet, je suis les enseignements de Ariel Ministries aux USA dont le fondateur est A. Fruchtenbaum et ces enseignements m’ont vraiment éclairés sur certains aspects de la Parole. Je ne veux pas entrer dans une polémique à ce sujet, l’important étant d’être passé de la mort à la vie par l’oeuvre du Seigneur à la croix. Le but de mon courriel est de poser la question suivante: Dans les milieux anglo-saxons, on parle « d’ultra dispensationalism »? Ces courants existent-ils dans la Francophonie? Quelle en serait l’appellation?
    Merci pour votre lumière.

    1. lecep

      Je pense que l’utra-dispensationalisme (E.W.Bullinger, C.Welch, C.Ryrie) existe aussi dans les milieux francophones mais je ne connais personnellement pas d’assemblées qui ont exactement cette doctrine. Je rappelle ce qui la distingue:
      – seules les épîtres que Paul a écrites pendant sa captivité (Colossiens, Philippiens, Ephésiens par ex.) et après ( 1Tim, 2Tim …) concernent le mystère de l’Eglise.
      – rejet du baptême d’eau
      La frontière entre l’ultra-dispenstionalisme et le dispensationalimse classique n’est pas claire, comme elle n’est pas évidente aussi entre le dispensationalisme classique et le dispensationalisme mitigé.

      1. Philippe ?qwu

        Merci beaucoup pour ces éléments.
        Une remarque concernant la distinction faite entre le Royaume de Dieu et Royaume des Cieux. Dans les enseignements que j’ai suivi il n’est fait aucune différence entre les deux. Matthieu, qui s’adresse à un public essentiellement juif, utilise le terme royaume des cieux car les juifs sont sensibles à ne pas utiliser le nom de Dieu en vain. Luc et Marc, qui s’adressent essentiellement aux Grecs et aux Romains ne sont pas confrontés à ce problème et utilisent le terme royaume de Dieu.

  4. Ping : Découvrir les facettes de l’exceptionnalisme politico-religieux américain (colloque) | Stratpolitix

  5. Berny

    Vous écrivez : « Le dispensationalisme, soucieux d’un littéralisme extrême, prend à la lettre les prophéties sur la restauration du Temple de Jérusalem et des sacrifices, ne saisissant pas toujours les implications d’une telle logique quant à la valeur de l’oeuvre du Christ sur la Croix. »
    Entre vous et moi, pourriez vous dire d’hommes tels que J.Darby, W. Kelly, etc… qu’ils ne saisissent pas toujours la valeur de l’oeuvre de Christ sur la Croix. » ?
    Une telle assertion est pénible et même, en quelque sorte, offensante.
    Je vous invite donc, pour vous en convaincre, à lire les études sur « l’épitre aux Hébreux » de ces deux frères et vous apprendrez combien ils estiment l’oeuvre de la Croix.
    QLSVB

    1. lecep

      Il est important de comprendre que les croyants de tout temps ont été et seront sauvés uniquement par l’oeuvre du Christ sur la Croix. Réintroduire un système fondé en partie sur des ombres de cette réalité dans le Millénium diminue la portée de cette oeuvre. On peut en avoir saisi toute la profondeur pour le temps de l’Eglise (ce qui est incontestable) sans en avoir vraiment compris la portée universelle et temporelle.

      1. Berny

        « …sans en avoir vraiment compris la portée universelle et temporelle. »
        Qu’avez-vous compris?
        Les pensées de Dieu, contenues dans Sa Parole, et les prophéties en particulier, sont inexplicables pour le rationaliste.

      2. lecep

        Est-ce moi qui prétends que le système sacrificiel de l’AT n’était que l’ombre de choses dont la réalité est en Christ? (Col. 2,17). Vouloir rétablir ces choses contredit la pensée même de l’apôtre Paul.

  6. Berny

    Cher ami vous tombez dans les mêmes ornières que les incrédules qui ne croient pas facilement à la réalité ou à la vérité d’une chose.
    Paul dans la lettre aux Hébreux s’adresse à des juifs devenus chrétiens qui ont une certaine inclination pour les fêtes juives toujours observées, les sacrifices sanglants toujours offerts dans le temple toujours en place.
    Pendant le « temps de la grâce » ces éléments sont n’ont plus cours. L’Eglise n’a rien pour ces choses; les espérances chrétiennes sont célestes. Mais pour « le reste d’Israël » (non pas des individus) Dieu agira en grâce, en son temps, dans une économie différente. C’est tout le propos des prophètes d’Israël: Ezéchiel 37; Zacharie 12 – 13 – 14, etc. Car la prophétie n’a aucun rapport avec le ciel ; les événements qu’elle annonce sont pour la terre.
    A vouloir tout spiritualiser vous introduisez la confusion, vous semez le trouble et vous favorisez le relativisme qui détruit les bases de la foi en la révélation.

    « Cependant marchons suivant une même règle pour les choses auxquelles nous sommes parvenus, et ayons un même sentiment. » (Philippiens 3:16)

    1. lecep

      Merci pour ces paroles réconfortantes! En fait, je ne cherche nullement à tout spiritualiser. J’interprète l’Ecriture, dont j’accepte pleinement l’autorité et en laquelle je crois, selon le principe grammatico-historique, ce que les dispensationalistes ne font pas à mon avis. En réalité ce sont eux qui introduisent la confusion par leur herméneutique compliquée et obscurcissent le plan de Dieu avec leur différentes économies du salut.

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