Les 5 points du calvinisme: la dépravation totale de l’homme

Dans notre série d’articles sur les 5 points du calvinisme, nous commençons en traitant la question de la dépravation de l’homme.

Que faut-il entendre par dépravation?

Le mot dépravé a généralement dans notre vocabulaire une connotation très négative. Un dépravé est quelqu’un sans règles morales et qui mène une vie dissolue. En fait, le sens théologique est assez différent. Quand on dit que l’homme est dépravé, il ne faut pas entendre par là qu’il n’a rien de bon en lui, mais plutôt qu’il est affecté par le péché de manière héréditaire. A partir du moment où Adam, le premier homme, a péché, cette inclination au mal s’est communiquée à ses descendants. Ainsi chaque homme, à sa naissance, hérite de ses parents une nature qui le pousse à commettre le mal.

L’Ecriture soutient une telle théorie, par exemple dans l’épitre de Paul aux Romains:

L’Ecriture le dit : Il n’y a pas de juste, pas même un seul, pas d’homme capable de comprendre, pas un qui cherche Dieu. Ils se sont tous égarés, | ils se sont corrompus tous ensemble. il n’y en a pas qui fasse le bien, non, pas même un seul. Leur gosier ressemble à une tombe ouverte, leur langue sert à tromper, ils ont sur les lèvres un venin de vipère, leur bouche est pleine d’aigres malédictions. Leurs pieds sont agiles quand il s’agit de verser le sang. La destruction et le malheur jalonnent leur parcours. Ils ne connaissent pas le chemin de la paix. A leurs yeux, révérer Dieu n’a aucun sens.
Romains 3:10-18

La question s’est posée sérieusement à partir du moment où un certain Pélage, moine breton, a affirmé que les enfants n’étaient pas affectés par le péché originel, qu’ils naissaient parfaitement bons et capables de choix libres. En d’autres termes, si l’homme commet le péché, ce n’est pas qu’il y est contraint, mais plutôt parce qu’il imite Adam, son ancêtre. Selon Pélage, il y a eu dans l’histoire des hommes qui étaient parfaits et sans péché. Puisqu’il n’est pas affecté par le péché d’Adam, l’homme continue d’exercer son libre-arbitre. L’adversaire de Pélage n’était autre que le grand Saint-Augustin. Augustin défendait une tout autre position: selon lui, l’homme nait pécheur et enclin à faire le mal. Il ne cherche pas Dieu naturellement et a perdu son libre-arbitre avec la Chute. Pour sortir de ce cercle vicieux qui le conduit à la perdition, il faut que Dieu intervienne et qu’Il le fasse en illuminant l’esprit de l’homme. Pourquoi y a-t-il des hommes qui ne cherchent pas Dieu? Pour Augustin, la raison en est que Dieu ne les a pas élus et n’ intervient donc pas pour les sauver de leur égarement. Pourquoi ne le fait-il pas? Nul ne le sait et nul ne peut critiquer les choix de Dieu. Les hommes sont-ils reponsables de leur état? Oui. Le fait qu’ils soient dépravés n’exclut pas leur responsabilité morale.

Que faut-il entendre par dépravation totale?

Là encore l’adjectif total pourrait laisser entendre qu’il n’y a rien de bon en l’homme. Ce n’est cependant pas comme cela qu’il faut comprendre le terme. Dépravation totale signifie qu’aucune partie de la personnalité humaine n’est exempte de corruption: l’homme n’est pas seulement atteint dans la partie morale de son être, mais aussi par exemple dans ses capacités intellectuelles. Cela ne signifie aucunement que l’ intelligence de l’homme soit limitée, mais plutôt que ce dernier l’utilise à mauvais escient, par exemple pour nier l’existence de Dieu alors qu’il sait bien au fond de lui-même que Dieu existe.

Les conséquences de cet enseignement

Le catéchisme de Heidelberg souligne dans sa réponse à la question 8 (« Sommes-nous corrompus au point d’être absolument incapables d’aucun bien et enclins à tout mal? ») qu’il nous faut impérativement être régénérés par l’Esprit de Dieu pour pouvoir plaire à Dieu. Ainsi personne ne peut ni chercher Dieu, ni le trouver, ni produire quelque fruit qui trouve son assentiment s’il n’est aidé par Dieu lui-même.

La doctrine de la dépravation totale de l’homme souligne l’importance de la grâce de Dieu. Nous avons impérativement besoin de cette grâce pour être sauvés. C’est aussi ce que montre l’Ecriture:

Mais Dieu est riche en bonté. Aussi, à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions spirituellement morts à cause de nos fautes, il nous a fait revivre les uns et les autres avec le Christ. — C’est par la grâce que vous êtes sauvés. — Par notre union avec Jésus-Christ, Dieu nous a ressuscités ensemble et nous a fait siéger ensemble dans le monde céleste. Il l’a fait afin de démontrer pour tous les âges à venir, l’extraordinaire richesse de sa grâce qu’il a manifestée en Jésus-Christ par sa bonté envers nous. Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu;

Ephésiens 2: 4-8

2 réflexions sur “Les 5 points du calvinisme: la dépravation totale de l’homme

    1. lecep

      La dépravation totale de l’homme, telle que la Bible l’enseigne, signifie que TOUTES les facultés de l’homme sans exception, même son libre-arbitre, ont été affectées par la Chute. La notion de libre-arbitre implique la capacité de chercher Dieu et de le trouver parce que c’est un choix plus que raisonnable et aussi parce que Dieu se révèle de manière suffisante. L’homme est libre certes, mais que dans la mesure où il fait ce qui lui plait. Son problème est que chercher Dieu n’est pas quelque chose qui lui plaît.
      Nous sommes tous d’accord que personne ne peut trouver Dieu, sans que la grâce divine ne lui vienne en aide. La question est de savoir si cette grâce divine opère de manière irrésistible ou seulement « prévenante ». Si elle éclairait TOUT homme et le mettait dans une position favorable au salut, sans pour autant affecter sa volonté, comme le prétend la théologie « arminienne » ou semi-pélagianiste, pourquoi si peu de gens se tournent vers Dieu et la presque totalité reste insensible à cette grâce? Le fait que Dieu appelle les hommes à se repentir n’implique pas aussi nécessairement qu’ils soient désireux de le faire. C’est pourquoi sur ce point la question de la liberté est une fausse question. La question est: les hommes veulent-ils se repentir? Et si ils ne le veulent pas, pourquoi? Qu’est-ce qui explique que si peu trouvent un Dieu qui fait tout pour se faire connaître à eux?
      Je comprends Jean 12:32 de la manière suivante: le « TOUS les hommes » n’est pas exhaustif, mais signifie, comme dans 1.Timothée 2:4, des hommes de toutes les nations (ou de toutes les couches de la société). Quand le Christ parle d’attirer les hommes à lui, c’est toujours avec l’idée que cet appel sera efficace. Voyez par exemple en Jean 6:37: « Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi; ». Ainsi comprendre Jean 12:32 comme le fait l’auteur de cet article implique nécessairement l’universalisme (tous seront sauvés en fin de compte).

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